Ouvrir les barrières en restant sur son cheval »

Là-bas, une terre plate, à l’infini. La Pampa. Regard à trois cent soixante degrés. Seuls quelques bouquets d’arbres entourent les estancias et griffent le paysage. Des changements climatiques ont crée d’immenses lagunes. Flamants roses, hérons cendrés et cormorans viennent y pêcher. Beauté et austérité. Quadrillant les herbages, des clôtures délimitent les champs. Les"tranqueras", permettent aux chevaux de circuler de l’un à l’autre.

Là-bas, tout cavalier doit savoir ouvrir ces barrières en restant sur son cheval.

De la terre et des hommes

A 450 km à l’Ouest de Buenos-Aires, une entreprise agricole familiale: La Suerte.

40 000 ha, 60 % cultures, 30 % lait et fromages, 10 % viande. Cent vingt personnes y travaillent. La Suerte, c’est tout cela et aussi une âme. Et cette âme contient des leviers de réussite, là-bas, comme partout.

Une passion pour la connaissance

Pedro et Isabel sont les fondateurs de la Suerte.

Lorsque Pedro, enfant, parcourait les terres avec son père, celui-ci s’arrêtait souvent pour vérifier quelque chose qu’il n’avait pas jusque là remarqué, qu’il ne re-connaissait pas. "C’est de cette époque que remonte ma curiosité, mon goût pour la connaissance. Je les tiens pour des éléments essentiels de réussite. Maintenant, lorsque je parcours les champs, un coup d’œil me suffit pour voir si l’ensemble va, ou si quelque chose pose question. Lorsque j’ai trouvé, j’adapte, je remédie".

L’observation de la différence, la prise en compte chez une personne ou chose de ce qui diffère et de ce qui se ressemble est base de toute connaissance. Dans chaque domaine, être à la pointe de ce qui se fait. Pour chacun, rechercher l’excellence dans son champ d’expertise technique.

Relations humaines en interne et relation de l’entreprise avec le monde

Pour Pedro les activités extraprofessionnelles favorisent l’ouverture d’esprit, la découverte, la connaissance. Il crée des groupes informels autour des préoccupations de l'entreprise et des centres d’intérêt de quelques uns, voyages professionnels dans les grandes plaines des Etats-Unis, en Chine, en Ukraine, en Europe, en Amérique Latine.

Les valeurs de la famille et les besoins de l’entreprise sont étroitement mêlés. Ce qui est bon pour chacun est bon pour La Suerte.

Réciproquement, le bon fonctionnement de l’entreprise concourt au bien-être des gens qui y travaillent et les élève. Chacun bénéficie d’un plan spécifique, incluant des sujets d’intérêt personnel et construit spécialement dans l’optique de son développement technique,

« Je m’attache à renvoyer des feed-back positifs et précis aux personnes auxquelles je m’adresse », raconte Isabel, « c’est pour moi une façon d’être, un mode de respiration. Nous construisons ainsi notre « self esteem». Pedro ajoute : « Il me semble qu’il y a un facteur plus important que tous les autres : les relations avec les personnes qui travaillent avec nous, leur « inclusion » dans l’entreprise ; ils ont un fort sentiment d’appartenance, des relations de confiance se tissent ». Aucune relation de peur.

Des valeurs de vie en adéquation avec la culture de l’entreprise

Tenir les portes ouvertes, autant celles de la maison familiale que celles de l’entreprise. Recevoir les gens, les professionnels. Echanger. Partager. S’adapter. Aucun enfant ne proteste de devoir céder pour une nuit son espace personnel, son confort. C’est un jeu pour eux, et aussi une leçon d’ouverture, s’accommoder à ce qui survient, à l’inattendu.

L’enthousiasme est très présent : étymologiquement cela veut dire « porter Dieu en soi ». Sens de l’humour et bonne humeur sont jugés essentiels. Pedro en fait un critère de recrutement !

Croître en harmonie, rester sur sa monture dans les périodes instables

Au démarrage de l’entreprise, ils étaient six : deux femmes, quatre hommes, pour exploiter 3 000 hectares. Aujourd’hui, 120 personnes travaillent sur 43 000 hectares dont 90% en location. Elles produisent 42 000 tonnes de soja, 10 000 t de blé, 11 000 t de maïs, 46 millions de litres de lait par an avec 2 000 vaches…. Les ventes se font en Argentine, au Brésil, en Chine, en Inde (12 M.USD).

Pour que l’entreprise vive, elle doit croître, être rentable et s’adapter en permanence. Elle ne peut pas rester la même, jamais. Elle doit pouvoir survivre aux crises politiques et monétaires comme celle qui a décimé des centaines d'exploitations en 2001. L’instabilité générale ne doit pas empêcher de rester sur son cheval !

Pour s’adapter, elle est sans cesse à la recherche de nouvelles activités et de nouveaux marchés. Elle passe les barrières, contourne les obstacles, vend dans le monde entier, sans aucune subvention et avec une taxe aux exportations agricoles de 30 % !!

Chacun fait ce qu’il sait faire le mieux pour accompagner une croissance la plus harmonieuse possible : harmonie des hommes, des relations, des rythmes, des cycles de la nature. Le développement s’appuie sur la veille et le partage d’informations. Des groupes techniques se réunissent chaque mois : informations sur les marchés, échanges de bonnes pratiques, étude et comparaison de stratégies.

Une utilisation pragmatique d’experts externes

La Suerte fait régulièrement appel à des consultants extérieurs. Ils apportent un regard neuf. L’entreprise intègre leur vision et en déduit des actions concrètes, efficaces. Les résultats sont visibles.

Ainsi, pour chacun, s’accroît le désir de participer et d’influer sur sa propre évolution. Des enquêtes de perception de l’entreprise et de la place de chaque personne sont menées. Des réunions internes où chacun peut exprimer ses préoccupations et ses idées sont régulièrement tenues.

La Suerte à cinq ans d’ici, quelle stratégie ?

Aujourd’hui, la génération actuelle relaie force et énergie pour contribuer à la pérennité de La Suerte. Moyenne d’âge, 40 ans.

Pedrito, intuitif, préoccupé par la croissance de l’entreprise, par la « soutenabilité » de son développement, et par la qualité des rapports humains. Clara prudente, rigoureuse, gestionnaire. Martin soucieux d’évaluer méthodiquement et régulièrement les résultats, tout en aimant le risque …

Les consultants sont invités à les accompagner dans leur vision à moyen et long terme ….

Insertion, inclusion, valeurs, la clef d’une belle réussite

La Suerte cherche à être à la pointe de l’efficacité, de la qualité, dans tout ce qu’elle fait.

Dans sa manière de traiter les personnes qui y travaillent, de les considérer avec respect, de viser leur ascension technique, sociale, humaine. « Les rapports humains, l’inclusion, sont très importants » nous répète Pedro, ce n’est pas le cas partout.

L’insertion dans le monde passe par la connaissance, la technologie, la création de nouvelles activités.

Les valeurs : une culture du travail qui s’insère dans une noblesse de vie, jamais étalée, à la fois austère et généreuse.

Sans descendre du cheval de ses valeurs, en restant toujours en lien avec sa vision de croissance éthique, en développant un management d’ascension sociale et humaine, La Suerte apporte une preuve d'efficacité possible dans un monde post-libéral.

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