L’approche systémique dans le coaching individuel

L’approche systémique existe depuis longtemps et est issue de l’école de Palo Alto. Elle prend de multiples formes, notamment les Interventions stratégiques brèves diffusées par les Instituts Gregory Bateson.

Elle a été largement utilisée par Edgar Morin dans sa théorie de la complexité.

Elle est développée en économie et dans le coaching. Pour écrire cet article, je me suis largement inspirée de tout ce que nous a raconté François Balta[1] dans ses formations et ses groupes de supervision au cours des années.

Les concepts fondamentaux

L’effet système, l’effet papillon

Dès que nous sommes en interrelation avec une ou plusieurs personnes, nous formons un système. Par exemple un parent avec son enfant, les membres d’une équipe, un professeur et sa classe, le Président de la République et son 1° Ministre, un pays ou une entreprise et le monde, etc.

Chaque fois qu’on change – même très peu – un des éléments du système, cela ouvre la possibilité aux autres  éléments du système de bouger et à l’ensemble de se réorganiser (i.e. de se relier autrement). Mais qui sait comment ?

Seul le système tient compte de tout, il n’a pas d’abstraction, pas de valeurs, pas de morale.


On s’intéresse aux interrelations entre les gens, plutôt qu’aux seules personnes et aux interrelations des gens avec leurs contextes

Lorsqu’un client  vient me voir, je ne le reçois pas seul, il arrive avec son tissu de relations, il vient avec tout ce qui fait sa vie, avec son réseau d’alliés, d’ennemis, de présents, d’absents ; avec ceux qui le soutiennent et  l’appuient, mais aussi avec ceux qui le frustrent, l’inquiètent ou le découragent.

Je vais travailler avec lui sur les échanges qu’il développe avec ses partenaires dans ses différents contextes de vie (professionnel, personnel, familial, social), en fonction de sa demande

La circularité
remplace la causalité linéaire

La causalité linéaire = une cause, un effet.

Le concept de circularité : j’agis et je suis agi, j’influence et je suis influencé, « les différents contextes nous déterminent tout autant que nous cherchons à les organiser » (Edgar Morin).
On subit ET on fait subir. On est à la fois libre de nos réactions ET contraint dans nos réactions.

On est dans le monde de l’hétérogénéité alors qu’on a été formé pour un monde homogène.
Comment j’influence le monde qui m’influence.

Les questions circulaires
impliquent les partenaires, elles sont dans le mouvement de ce qu’il se passe, de comment ça tourne, change, avance.

Par exemple : qu’est-ce que vous avez fait ou dit ? Quelle a été la réponse / réaction de l’autre ? qu’avez-vous fait de cette réponse, qu’avez-vous fait ou dit par rapport à la réponse que vous avez reçue de l’autre ?

Le processus de co-construction des situations

Dans une approche traditionnelle, c’est souvent celui qui « a commencé » qui est désigné comme responsable de ce qui arrive après. Or l’expérience montre que peu importe celui qui a commencé, on n’a pas besoin de situer un début. On peut entrer dans le processus de co-construction à n’importe quel moment.

Toutes les causes sont vraies et existent ; elles ont toutes participé à la construction des situations.

Les situations sont co-construites par les différents participants.

Le coach et son client observent comment  « ça » se co-construit avec les interprétations, les suppositions, les émotions, on peut entrer dans le processus en n’importe quel point.

La co-responsabilité :
où se situe mon pouvoir ? où se situe ma responsabilité ?

Je suis entièrement responsable de:

1. La manière dont je m'adresse à l'autre (fonction du contexte, de mes besoins, de mes attentes)
2. La manière dont je choisis de réagir à ce que l'autre a perçu et me renvoie
C'est là et seulement là que se situe mon pouvoir, puisque je ne peux pas agir directement sur l'autre.

L'autre a également l'entière responsabilité de réagir comme il l’entend à ce que je lui dis. Cette responsabilité là, la sienne, ne me concerne pas. Il ne me revient pas de vouloir changer l’autre et même si je le voulais, je n’y arriverais pas.

C'est une tendance forte et naturelle de rendre l'autre responsable, ce qui est absurde. De ce fait, on se condamne à l'impuissance puisqu'on ne peut agir sur l'autre ni le changer.

C'est seulement ce que je fais et ce que je fais de ce qu'on me fait qui est dans mes mains. C’est ma liberté, et peut-être mon attitude de prendre ma part, toute ma part, et rien que ma part de responsabilité aura pour effet induit de faire bouger l’autre, qui sait ?

Chaque acteur a à choisir sa réaction dans un contexte qu’il ne choisit pas nécessairement.

La complexité

C’est d’accepter qu’il y a plusieurs lectures possibles dans toute situation.
C’est d’accepter que je ne peux rien réussir si les autres n’y participent pas.

L'approche systémique coopérative de François Balta

Penser ensemble.

La mise en place d’une solution dépend toujours d’autres, du contexte.
Plutôt que de chercher tout seul une solution qui concerne aussi d’autres personnes que moi, apprenons à travailler ensemble, chercher ensemble une solution plus équilibrée. Coopérer = operare cum = œuvrer ensemble, l’un avec l’autre, l’un par l’autre.

Il en est de même en économie et en Europe : aujourd’hui, chaque « expert », chaque politicien, chaque Etat Membre de l’UE raisonne et propose tout seul dans son coin, parfois avec un autre partenaire. L’approche individuelle est dominante. Or l’enjeu de notre époque, et le plus difficile de tout, est d’apprendre à œuvrer à plusieurs aux différentes étapes : l’analyse des situations dans leur contexte, l’élaboration et la proposition de solutions, leur mise en œuvre.

Le contexte
est crucial

Un problème peut être un problème dans un certain contexte, il peut ne pas être un problème dans un autre contexte.

Chacun de nous a une perception limitée du monde. Chacun prend en compte certaines informations, en néglige d’autres qu’il a pourtant et qui peuvent concerner les autres partenaires du système. Si on remet en circulation les éléments négligés, cela peut impacter le système.

Dans notre métier de coach, un de nos défis est de créer un contexte où il y ait possibilité de mouvement, de changement. De créer un contexte où il devient possible pour nos clients par exemple de changer leur regard sur la situation qui les préoccupe.

Repérer les contradictions et l'hétérogénéité

La contradiction essentielle : nous sommes à la fois acteurs et « agis ».

Hétérogénéité : nous œuvrons dans un contexte multidimensionnel dont les logiques sont contradictoires et s’affrontent : économique, psychologique, politique, géographique, relationnel, etc. Il nous faut tenir compte de ces multiples éléments en permanence, les articuler entre eux.

J’influence le monde qui m’influence.

Du « OU »  au « ET »

Elargir mon point de vue avec ceux des autres.

Tout point de vue est incomplet et s’enrichit de celui des autres.

Je ne cherche pas à avoir raison a priori, mais je regarde les effets de ce que je dis sur ceux qui font partie de mon entourage et j’intègre dans ce qu’ils disent ce qui peut enrichir mon point de vue ou mon idée. Ce faisant, j’ajoute d’autres pensées à celles que j’ai déjà. Ce qui est beaucoup plus facile que de retrancher des idées qu’on a déjà et qui nous sont moins utiles qu’auparavant peut-être.

Quelques outils utilisés de manière privilégiée par les coachs systémiques

Les questions dites circulaires
Le processus de co-construction des situations
Le modèle avantages/inconvénients issu de la PNL/AT
Créer des contextes de choix
Le problème est la solution, la solution est le problème
Les prescriptions « paradoxales »

 


[1] François Balta, médecin psychiatre, auteur de nombreux livres. balta.fmw1.com/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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