Des processus européens aux processus de coaching

Comment son expérience européenne nourrit son métier de coach

Comment êtes-vous passé d'expert en Affaires européennes au métier de coach ?

Depuis 20 ans, j’exerce le métier d’expert et de consultant sur les fonctionnements de l’Union européenne. J’ai formé et conseillé de nombreux dirigeants et responsables sur l’intégration de la dimension européenne dans leur stratégie. En réalité, mon métier a consisté à leur apporter les informations nécessaires, à écouter leurs besoins, à les accompagner dans les dédales de la complexité européenne. Souvent, j’ai été leur « coach en affaires européennes ». Je les ai conduits à imaginer les solutions les plus pertinentes dans ce contexte.

De là à passer au coaching proprement dit, il n’y avait qu’un pas. Je l’ai franchi en capitalisant sur cette expérience transnationale.

Quels points communs avec le coaching classique en entreprise ?

Dans les deux cas, on travaille le plus souvent en milieu complexe et mouvant.

Je vois essentiellement deux ingrédients de la réussite communs au coaching et aux affaires européennes.

  1. La démarche, et ses quatre étapes : écouter, diagnostiquer, intégrer et transformer. Approche performante dans les deux métiers. Par exemple pour produire une décision à partir d’une multiplicité de points de vue, ou pour traiter une situation perçue comme menaçante (ex : l’adhésion de la Hongrie pour les agriculteurs français du Sud-Ouest).
  2. L’attitude : le coach est confronté à la nécessité de prendre du recul (step aside), élargir sa vision, s’adapter à des réalités nouvelles (ex : le passage à l’euro). Egalement regarder loin, non seulement dans le temps, mais aussi dans la distance, changer d’échelle, passer du chez soi à l’entre-nous, à l’insertion dans une réalité plus vaste. Etre agile, être capable de jongler d’un contexte à l’autre, sauter d’une culture à l’autre.

Quelles différences entre les deux métiers ?

Le rapport au temps n’est pas le même.

En Europe, les choses avancent lentement, alors que pour un contrat de coaching on a moins de temps et les clients s’attendent à des résultats rapides.

J’ajoute que la culture de la distance et la prise en compte de ce qui est plus loin est encore plus forte lors de missions européennes.

Bien entendu aussi, le facteur politique joue un rôle majeur pour ce qui concerne l’Europe.

Enfin, la question de l’identité se pose différemment pour l’individu (essentielle), pour l’entreprise (plus difficile à définir), et pour l’Europe (hypothétique et futuriste).

A quoi cela vous sert dans votre métier de coach d’avoir travaillé sur les Affaires européennes ?

Ce qui me sert, c’est d’avoir appris à écouter mon interlocuteur dans son langage et à entrer dans son contexte culturel. D’entendre la culture des acteurs avec qui il négocie et décide, la culture des entreprises et des pays avec lesquels il travaille.

Ce qui me sert, c’est d’avoir travaillé (et de continuer à le faire) avec d’autres Européens, dont les approches sont différentes de celles des Français. C’est d’avoir compris que tout point de vue est incomplet, qu’il peut y avoir plusieurs points de vue valables à partir desquels construire un point de vue enrichi et commun, c’est m’enrichir de l’autre.

C’est aussi d’être capable de me battre pour mes convictions ou pour faire passer un projet, et en même temps de ne pas avoir besoin d’avoir toujours raison.

Le « J’ai raison et vous avez tort » est une attitude qui ne convient pas dans les milieux européens et est une erreur professionnelle en coaching.

Ce qui me sert encore, c’est d’avoir été et d’être au contact avec une Europe plurielle, caractérisée par la diversité de ses traditions, le pluri-nationalisme, la multiplicité de ses langues et de ses cultures (entrepreneuriale, juridique, politique, syndicale …, anglaise, française, polonaise …), bref par le caractère polyphonique de sa civilisation.

Polyphonie dites-vous, vous envisagez l’entreprise comme une musique ?

Oui, les gens travaillent à plusieurs voix. Jouent-ils ensemble, ou chacun poursuit-il son propre objectif sans se soucier de la compatibilité avec les autres ? Cela produit-il du bruit, des fausses notes, ou une musique jouée comme au sein d’un orchestre ? En parcourant la FIAC, j’ai été attirée par des sons cacophoniques. En m’approchant, j’ai vu posés sur une table une multitude de mini-écrans représentant des musiciens jouant d’un instrument. Chacun jouait sa partition propre et harmonieuse, sans relation avec les autres. Le résultat était une cacophonie aigüe et stridente.

Y a-t-il rencontre de mélodies, accords consonants et dissonants, création d’une rythmique homogène et mélodique dans l’entreprise ?

Ouvrir le champ des possibles, respecter l’autre.

Le coach aide son client à intégrer les multiples dimensions de son entreprise comme celles de sa personne. Par exemple quand il s’agit de faire de la cohésion d’équipe autour d’un projet, aider un dirigeant à utiliser harmonieusement les différentes facettes de sa personnalité ou encore résoudre les conflits issus de différences culturelles dans un comité de direction.

En affaires européennes comme en coaching, mon point de départ est que ce que l’autre pense est subjectif et légitime. Le point de vue de mon interlocuteur m’intéresse a priori, j’ai envie de le découvrir, je commence donc par le reconnaître, je prends le temps d’entrer dans sa logique. Compris, sécurisé, il peut garder sa vision subjective. Il se trouve en face ou au milieu d’autres pensées aussi subjectives et légitimes que la sienne. Il peut alors quitter sa position manichéenne.

Une fois cette étape franchie, je le conduis à élargir son point de vue. En particulier en confrontant ses « croyances » à des faits réels.

Il ne voit plus l’autre comme une différence ennemie. Il s’enrichit de la position des autres, il constate que cela lui apporte de la liberté. L’autre est riche de solutions qu’il ne sait pas. Parier sur la créativité (cachée) de la personne ou du groupe permet d’ouvrir le champ des possibles et des solutions. En Europe comme dans l’entreprise, il est contre-productif d’ignorer ou de « manipuler » l’autre, et de le traiter comme un « étranger ».

Ce qui est vrai pour l’individu l’est aussi pour une équipe, un groupe, une société. A l’inverse, reconnaître son interlocuteur, son collaborateur, en tant que personne, l’insérer, l’inclure, va nous permettre de développer une motivation positive et participative.

Aujourd’hui, les managements dans les entreprises deviennent multiculturels. Le marché du coaching évolue-t-il dans ce sens ?

En effet, les managements des entreprises sont constitués de plus en plus souvent de personnes de cultures et de nationalités différentes.

Ce qui appelle de la part du Coach une ouverture pluri-culturelle et une écoute poly-phonique.

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